Ebola en RDC : Kinshasa lance un plan multisectoriel de 180 jours face à une épidémie qui s’étend
Face à une épidémie d’Ebola qui continue de progresser en République démocratique du Congo, les autorités congolaises et leurs partenaires internationaux veulent accélérer la riposte. Plus de cent jours après la déclaration officielle de la 17ᵉ épidémie, le gouvernement a lancé vendredi à Kinshasa un nouveau plan multisectoriel de 180 jours destiné à intensifier les opérations de surveillance, de prise en charge et de prévention afin de stopper la transmission du virus.
La cérémonie, organisée au bureau de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) en RDC, a réuni notamment le ministre de la Santé publique, Hygiène et Prévoyance sociale, Dr Samuel Roger Kamba, des responsables du Système des Nations unies, d’Africa CDC, de l’Institut national de santé publique (INSP), ainsi que plusieurs représentants diplomatiques et partenaires techniques et financiers.
Selon les données communiquées lors du lancement du plan, l’épidémie a atteint 6 342 cas au 2 septembre 2026, pour un cumul de 3 072 décès. Elle touche désormais 60 zones de santé réparties dans six provinces, ce qui complique davantage les opérations de surveillance, de recherche des contacts et de prise en charge des malades.
L’une des principales préoccupations des autorités sanitaires concerne la persistance des décès au sein des communautés. Une proportion importante des victimes serait décédée avant d’avoir été identifiée comme contact ou avant d’avoir pu accéder à une structure de soins. Cette situation complique la détection précoce des cas et favorise la poursuite des chaînes de transmission.
« Cette situation nous rappelle que le temps est notre ressource la plus précieuse », a déclaré la Dre Anne Ancia, représentante par intérim de l’OMS en RDC, appelant à une accélération de la mobilisation des ressources et des équipes sur le terrain.
Le nouveau plan constitue, selon le ministre de la Santé, la feuille de route opérationnelle de la réponse pour les six prochains mois. Il prévoit notamment le renforcement de la surveillance épidémiologique, de la recherche et du suivi des contacts, de la prise en charge des patients, de la mobilisation communautaire, de la communication sur les risques ainsi que des capacités logistiques et de préparation dans les provinces considérées comme à risque.
Pour le gouvernement congolais, la lutte contre Ebola ne peut toutefois pas reposer sur le seul secteur sanitaire.
« Cette réponse dépasse le seul secteur de la santé. Elle exige l’engagement de tous les secteurs, des communautés, des partenaires et des bailleurs », a souligné le Dr Samuel Roger Kamba.
La mise en œuvre complète du plan nécessiterait environ 1,3 milliard de dollars américains, selon les estimations présentées par l’OMS. Les partenaires appellent ainsi à une mobilisation rapide de ressources supplémentaires afin de garantir la continuité des opérations et d’éviter une aggravation de la crise.
Le Coordonnateur résident du Système des Nations unies en RDC, Damien Mama, a insisté sur la nécessité d’intégrer la riposte contre Ebola aux autres interventions humanitaires. Selon lui, la réussite du plan dépendra du leadership du gouvernement, de l’implication des communautés et de la disponibilité de financements suffisants, flexibles et prévisibles.
Africa CDC a également réaffirmé son engagement aux côtés des autorités congolaises. Son directeur pays, Dr Hyppolite Kalambay Ntembwa, a salué une approche qu’il présente comme multisectorielle, coordonnée et décentralisée jusqu’au dernier kilomètre, avec une place centrale accordée aux communautés.
Sur le terrain, la réponse reste confrontée à de nombreux obstacles. L’insécurité dans certaines zones, les déplacements de populations, les capacités limitées de plusieurs infrastructures sanitaires et la méfiance d’une partie de la population compliquent la détection des cas, le suivi des contacts et l’accès aux soins.
Malgré ces difficultés, les autorités congolaises affichent leur détermination à contenir l’épidémie. Elles entendent s’appuyer sur l’expérience accumulée lors des précédentes flambées d’Ebola enregistrées dans le pays, ainsi que sur les mécanismes de surveillance et de riposte développés au fil des années.
Avec ce plan de 180 jours, Kinshasa et ses partenaires entendent donc entrer dans une nouvelle phase de la riposte, avec une priorité clairement affichée : réduire rapidement les décès, interrompre les chaînes de transmission et empêcher que l’épidémie ne prenne une dimension encore plus importante.
Dans un contexte où le virus continue de gagner du terrain, les autorités sanitaires reconnaissent que la rapidité d’intervention sera déterminante. Pour les communautés affectées comme pour les équipes engagées sur le terrain, l’enjeu des prochains mois sera de transformer les engagements annoncés à Kinshasa en actions concrètes, coordonnées et suffisamment financées.