RDC : l’ONU alerte sur l’accélération de l’épidémie d’Ebola et appelle à une mobilisation internationale
L’Organisation des Nations unies (ONU) tire une nouvelle fois la sonnette d’alarme face à la progression de l’épidémie de maladie à virus Ebola en République démocratique du Congo (RDC). Plus de cent jours après la déclaration officielle de la 17ᵉ épidémie enregistrée dans le pays, les autorités sanitaires font état de milliers de cas et de décès, tandis que les capacités de riposte restent confrontées à d’importants défis.
Lors d’une réunion d’information virtuelle avec les États membres, tenue mardi 1ᵉʳ septembre depuis Genève, en Suisse, Tom Fletcher, Secrétaire général adjoint de l’ONU aux affaires humanitaires et Coordonnateur des secours d’urgence, a appelé la communauté internationale à passer de l’alerte à une mobilisation immédiate et concrète.
Selon le responsable onusien, la situation est d’autant plus préoccupante que l’épidémie se développe dans un pays déjà confronté à une crise humanitaire majeure. Près de 11 millions de personnes ont besoin d’une aide humanitaire en RDC, alors que les conflits continuent de provoquer des déplacements de populations et que l’insécurité alimentaire et la malnutrition atteignent des niveaux alarmants.
Tom Fletcher a averti que, malgré le renforcement progressif de la riposte, la propagation du virus demeure plus rapide que les capacités opérationnelles disponibles. L’épidémie touche désormais six provinces, dont certaines zones affectées par l’insécurité et disposant de systèmes de santé particulièrement fragiles.
Cette situation complique plusieurs opérations essentielles de lutte contre Ebola, notamment la détection précoce des cas, le traçage des contacts, l’isolement et la prise en charge des personnes infectées, ainsi que la sensibilisation des communautés. La confiance de la population constitue également un élément déterminant dans l’efficacité de la réponse sanitaire.
Pour l’ONU, l’urgence dépasse désormais le seul cadre médical. Les conséquences sociales et humanitaires de l’épidémie risquent d’aggraver davantage les vulnérabilités existantes, particulièrement parmi les populations déjà affectées par les conflits et les déplacements.
Les femmes et les filles, notamment les femmes enceintes, figurent parmi les groupes particulièrement exposés aux conséquences de la crise. Les enfants sont également affectés, notamment lorsqu’ils perdent leurs parents ou leurs tuteurs. Cette situation peut accroître leur vulnérabilité à différentes formes d’exploitation, y compris la traite.
« Il ne s’agit donc pas simplement d’une urgence sanitaire », a souligné Tom Fletcher, estimant que l’épidémie constitue également une urgence humanitaire venant s’ajouter à plusieurs crises déjà existantes en RDC.
Le responsable onusien a par ailleurs salué les efforts du gouvernement congolais et le soutien apporté par l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), les Centres africains de contrôle et de prévention des maladies (CDC Afrique), les membres du Comité permanent interorganisations ainsi que les autres partenaires engagés dans la riposte.
Il a toutefois appelé les États membres à renforcer leur engagement, estimant que l’ampleur et la vitesse de propagation de l’épidémie devraient maintenir la situation de la RDC parmi les priorités de la communauté internationale.
Le dernier bilan disponible au 31 août 2026 fait état de 6 186 cas confirmés, 3 007 décès et 1 409 guérisons, selon le rapport de situation de l’Institut national de santé publique. Le taux de létalité s’établit ainsi à 48,6 %, illustrant la gravité de l’épidémie.
La situation contraste avec les progrès enregistrés en Ouganda, où les autorités sont parvenues à maîtriser l’épidémie. En RDC, plusieurs facteurs continuent de compliquer la riposte, notamment l’insécurité dans certaines zones, les difficultés d’accès aux populations, la fragilité des infrastructures sanitaires et la méfiance d’une partie des communautés.
Face à ces défis, les autorités congolaises maintiennent néanmoins leur confiance dans leur capacité à contenir la propagation du virus. Elles entendent notamment s’appuyer sur l’expérience acquise au cours des précédentes épidémies d’Ebola et sur les mécanismes de surveillance et de réponse développés au fil des années.
Le gouvernement affirme poursuivre et renforcer les opérations de surveillance, de prévention et de prise en charge avec l’appui de ses partenaires techniques et financiers. L’objectif demeure de ralentir la transmission du virus, protéger les populations exposées et garantir une prise en charge rapide des personnes affectées.
Pour l’ONU, le message reste cependant sans ambiguïté : la progression rapide de l’épidémie exige une réponse à la hauteur de l’urgence, alors que chaque retard dans la mobilisation des ressources et des acteurs pourrait entraîner de nouvelles pertes humaines et aggraver une crise humanitaire déjà particulièrement lourde.
Muberwa Athanase