Ebola en RDC : aucune preuve que les centres de traitement tuent les patients, mais une méfiance alimentée par des difficultés réelles
Des récits accusant les centres de traitement Ebola (CTE) de provoquer volontairement la mort des patients circulent depuis plusieurs semaines dans certaines communautés touchées par l’épidémie. Une analyse des documents et enquêtes examinés par Lokuta Mabe ne fournit toutefois aucune preuve permettant d’étayer cette affirmation.
Le récit selon lequel « le CTE tue les malades » figure parmi les principales rumeurs recensées dans les rapports de suivi de l’infodémie. Depuis le début de l’épidémie, les centres de traitement sont régulièrement associés à la mort dans certains retours communautaires. Les préoccupations exprimées portent également sur les conditions de prise en charge, l’alimentation des patients, les délais de communication des résultats et le manque d’informations fournies aux familles.
Lors d’une collecte analysant 213 retours communautaires, 82 concernaient principalement les soins, les CTE et la gratuité des services. Parmi les inquiétudes rapportées figurait notamment la « peur de ne pas revenir vivant ». Ces données doivent cependant être interprétées avec prudence : elles ne représentent pas l’opinion de l’ensemble de la population, puisque 88 % des retours analysés provenaient de l’Ituri.
Les données sanitaires montrent effectivement que des patients décèdent dans les centres de traitement. Elles ne démontrent toutefois pas que les CTE sont responsables de leur mort.
Le 6 septembre, les autorités sanitaires ont notamment rapporté 15 décès dans les CTE, contre 36 décès communautaires, c’est-à-dire survenus en dehors des centres de traitement. Au total, 51 décès confirmés ont été enregistrés ce jour-là.
Les informations disponibles ne précisent cependant pas suffisamment, pour les 15 décès enregistrés dans les CTE, l’état clinique des patients à leur admission, le stade de la maladie ou les causes précises de chaque décès. Il n’est donc pas possible de transformer ces chiffres en preuve que les centres de traitement provoquent volontairement la mort des patients.
La persistance de cette rumeur s’explique néanmoins par un contexte marqué par de véritables difficultés dans le système de prise en charge.
Le 6 septembre, au Nord-Kivu, 262 patients étaient hospitalisés pour une capacité annoncée de 220 lits, soit un taux d’occupation de 123,2 %. Certains patients continuaient ainsi d’être pris en charge dans des structures qualifiées de « non normées ».
En Ituri, les structures de Nizi, Mambasa et Mandima étaient également signalées comme saturées pour les patients suspects. Sur 32 transferts organisés ce jour-là dans la province, seuls 16 avaient abouti.
Ces dysfonctionnements ne constituent pas une preuve que les CTE tuent les patients. Ils peuvent toutefois contribuer à renforcer la méfiance des communautés, particulièrement lorsque les familles disposent de peu d’informations sur l’état de leurs proches ou sur les soins administrés à l’intérieur des centres.
Le bulletin sanitaire couvrant la période du 24 au 30 août souligne d’ailleurs qu’un récit infodémique peut gagner en crédibilité lorsqu’il s’appuie sur une difficulté réellement observable : retard dans la prise en charge, indisponibilité d’un service, problème de transfert, coût perçu ou manque d’information.
Cette méfiance peut avoir des conséquences importantes sur la réponse à l’épidémie. Des rapports indiquent que certaines familles retardent ou refusent l’orientation vers les centres de traitement. D’autres sources font état d’automédication ou de dissimulation de symptômes, notamment par crainte d’être identifié comme cas Ebola.
Il convient toutefois de ne pas établir automatiquement un lien de causalité entre ces comportements et la seule rumeur selon laquelle « le CTE tue ». Les documents disponibles ne permettent pas d’affirmer que tous les refus de soins sont directement provoqués par cette croyance.
En définitive, l’affirmation selon laquelle les centres de traitement Ebola tuent volontairement les malades n’est pas étayée par les preuves disponibles examinées par Lokuta Mabe. Des patients décèdent effectivement dans les CTE, mais d’autres meurent également en dehors de ces structures. Les données disponibles ne permettent pas d’attribuer ces décès à une volonté délibérée de tuer.
Pour autant, combattre la désinformation ne signifie pas ignorer les préoccupations de la population. La saturation des structures, les difficultés de transfert, la qualité perçue des soins et le déficit d’information constituent des problèmes réels qui doivent être documentés et corrigés.
Face à la défiance, le simple démenti ne suffit donc pas. La lutte contre les fausses informations passe par les faits, mais la restauration de la confiance exige également de la transparence, une meilleure prise en charge des patients et une communication régulière avec les familles et les communautés.