Kwamouth : des miliciens installent leurs propres autorités coutumières, les inquiétudes persistent
La situation sécuritaire demeure préoccupante dans le territoire de Kwamouth, malgré les efforts engagés par les autorités congolaises pour restaurer la paix dans cette partie de l’ouest de la République démocratique du Congo.
Cette semaine, des miliciens attribués à la faction dirigée par le chef connu sous le nom de Cobra auraient procédé à l’installation d’autorités coutumières dans les villages de Kimomo et Mbutie, alors que les chefs traditionnels reconnus restent déplacés en raison des violences qui ont marqué la région.
À Mbutie, des images montrent une cérémonie au cours de laquelle un homme présenté comme une nouvelle autorité coutumière est installé devant plusieurs habitants. Le maître de cérémonie invite la population à lui témoigner obéissance. L’homme est ensuite porté sur une civière, sous les acclamations de certaines personnes présentes.
Ces images attestent de la tenue de la cérémonie, mais ne permettent pas, à elles seules, de déterminer les conditions dans lesquelles les habitants y ont participé ni leur degré réel d’adhésion à cette désignation.
Pour les autorités coutumières légitimes, cette situation constitue néanmoins un nouveau signal d’alerte. Stany Libie, chef coutumier reconnu du village de Kimomo, estime que ces événements démontrent que la pacification de la région reste inachevée.
« Ce sont des actes qui signifient que, jusque-là, la paix n’est pas encore rétablie. Pour qu’on puisse parler de paix, il faut que ces mouvements cessent et qu’il y ait le retour des déplacés », a-t-il déclaré.
Déplacé depuis plus de quatre ans en raison de l’insécurité, Stany Libie considère le retour des populations et des autorités coutumières dans leurs villages comme l’un des principaux indicateurs d’un véritable retour à la normale.
Selon lui, l’installation des nouvelles autorités coutumières aurait été ordonnée par le chef milicien Cobra, présenté comme se trouvant dans les environs de Lweme. Il appelle les autorités à poursuivre les opérations visant à obtenir la reddition des miliciens encore présents dans les zones reculées.
« S’ils peuvent continuer à faire sortir tous les miliciens, parce que là, ils opèrent dans le silence, et si le retour des déplacés est sécurisé, là, on va voir réellement s’il n’y a plus rien comme insécurité », a-t-il ajouté.
Ces développements interviennent alors que le gouvernement congolais affirme avoir enregistré des avancées dans le processus de pacification de Kwamouth et des territoires voisins touchés par les violences des miliciens Mobondo.
La commission de pacification conduite par Eliezer Ntambwe, ministre délégué à la Défense chargé des Anciens combattants, poursuit notamment ses efforts en faveur du désarmement et de la démobilisation des miliciens.
Les autorités ont fait état de progrès dans plusieurs villages situés le long de la RN17, l’un des principaux axes de la région.
Lors d’un briefing de presse tenu le 17 août, Eliezer Ntambwe avait déclaré que 72 villages avaient été pacifiés dans le triangle Grand Bandundu–Kongo-Central–Kinshasa. Il avait également annoncé que 596 miliciens avaient été pris en charge par le Service national dans le cadre du processus de reddition et de réinsertion.
Mais le gouvernement reconnaît que certaines poches d’insécurité subsistent et que le travail de pacification doit se poursuivre.
À Kwamouth, l’installation d’autorités coutumières dans des villages où les chefs traditionnels légitimes demeurent déplacés pose ainsi une nouvelle question sur le contrôle effectif de certaines zones.
Pour les communautés déplacées, le véritable retour à la paix ne pourra être confirmé qu’avec la fin de la présence des groupes armés, le retour sécurisé des habitants et la restauration des autorités civiles et coutumières reconnues.
À ce stade, les avancées annoncées par les autorités constituent un signe encourageant, mais les événements de Kimomo et Mbutie rappellent que la stabilisation de Kwamouth reste un processus fragile et encore inachevé.