RDC : Marie-Ange Mushobekwa défend la participation de l’AFC/M23 au dialogue et assume une position controversée
Alors que le pouvoir de Kinshasa prépare des discussions destinées à tenter de sortir la République démocratique du Congo de la crise sécuritaire qui ravage l’est du pays, la question de la participation de l’AFC/M23 continue de diviser la classe politique congolaise.
Intervenant lundi lors d’un Space Live organisé par le journaliste Stanis Bujakera Tshiamala, Marie-Ange Mushobekwa, cadre du Front commun pour le Congo (FCC), a défendu l’idée d’associer l’AFC/M23 aux discussions envisagées par les autorités congolaises.
Une position qu’elle assume malgré les interrogations qu’elle soulève, notamment sur la justice à rendre aux victimes des crimes commis pendant le conflit.
« On ne peut pas faire la paix avec ses amis. Lorsqu’on décide de faire la paix, on fait la paix avec les personnes avec qui on est fâché », a déclaré Marie-Ange Mushobekwa.
Selon elle, il serait difficile de rechercher une issue politique à la crise sans inclure un mouvement qui contrôle de vastes territoires dans l’est de la RDC. Elle estime que la réalité militaire sur le terrain doit être prise en compte dans toute initiative visant à mettre fin aux hostilités.
Cette position intervient alors que le FCC réclame parallèlement le retrait des forces étrangères présentes sur le territoire congolais. Interrogée sur cette apparente contradiction, l’ancienne ministre a maintenu sa ligne : pour elle, exiger le retrait des troupes étrangères n’empêche pas de dialoguer avec les acteurs congolais impliqués dans le conflit.
La question est particulièrement sensible dans un pays où le recours aux armes est régulièrement présenté par les autorités et une partie de la société civile comme une ligne rouge dans la résolution des crises politiques.
À ceux qui considèrent qu’inviter l’AFC/M23 à la table des négociations reviendrait à récompenser la prise de pouvoir par la force, Marie-Ange Mushobekwa oppose les limites de l’option militaire.
Elle estime que les résultats obtenus sur le terrain ne permettent pas, à ce stade, d’envisager une solution exclusivement militaire. Selon son analyse, les forces gouvernementales ne sont pas parvenues à reprendre l’ensemble des territoires contrôlés par l’AFC/M23, tandis que le mouvement armé conditionnerait son retrait à l’ouverture de discussions.
« La sagesse recommande que les autorités de la RDC acceptent de parler avec les personnes qui ont pris les armes, qu’elles essaient de comprendre pourquoi elles ont pris les armes », a-t-elle plaidé.
Pour la responsable du FCC, le dialogue devrait permettre d’aborder sans tabou les griefs qui alimentent le conflit, avec l'objectif de rompre avec ce qu'elle décrit comme un « cycle infernal » de guerres à répétition.
Son plaidoyer ne se limite toutefois pas aux questions militaires et politiques. Marie-Ange Mushobekwa a également critiqué la décision de suspendre les cours dans certaines universités publiques situées dans les territoires contrôlés par l’AFC/M23.
Elle s’est interrogée sur les conséquences d’une telle mesure pour les populations locales.
« Est-ce qu’on punit l’AFC/M23 ou est-ce qu’on punit les enfants de la République démocratique du Congo ainsi que leurs parents ? », a-t-elle demandé.
La question de la justice pour les victimes demeure cependant l’un des principaux obstacles à toute perspective de règlement politique. Interrogée sur le sort des personnes victimes de violences et sur les mécanismes judiciaires susceptibles d’être mis en place, Marie-Ange Mushobekwa a indiqué que cette question devrait être discutée dans le cadre du dialogue.
Elle n’a toutefois pas précisé quel mécanisme de justice pourrait être retenu ni comment seraient traités les crimes présumés commis par les différentes parties au conflit.
Pour elle, l’urgence reste de mettre fin aux combats. Elle a évoqué une population « fatiguée » par les années de guerre, aussi bien dans les zones contrôlées par l’AFC/M23 que dans d’autres parties du pays.
Cette lassitude, selon elle, se manifeste également sur le plan économique, avec des conséquences qui se font sentir jusque dans les dépenses quotidiennes des ménages.
Le débat sur la participation de l’AFC/M23 aux futures discussions reste ainsi au cœur de la crise congolaise. Entre ceux qui privilégient une solution militaire et ceux qui défendent une négociation avec les acteurs armés, Kinshasa fait face à un choix politique particulièrement sensible : rechercher un accord avec un mouvement qu’il accuse d’agression, tout en répondant aux revendications des victimes et à la question de la responsabilité pour les violences commises.
Pour Marie-Ange Mushobekwa, la priorité est désormais de sortir de la logique de confrontation. Mais la question de savoir comment concilier dialogue, souveraineté nationale, justice pour les victimes et lutte contre l’impunité risque de rester au centre des discussions à venir