RDC : 15 ans après le massacre de sept humanitaires, la justice toujours attendue
4 oct 2026 (Muberwa Média) — Quinze ans après l’attaque d’un véhicule d’une organisation humanitaire à Kalungwe, dans le territoire de Fizi, au Sud-Kivu, la responsabilité pénale des auteurs du meurtre de sept travailleurs humanitaires reste publiquement non établie.
Le 4 octobre 2011, des hommes armés ont attaqué un véhicule d’Eben-Ezer Ministry International alors qu’il se dirigeait d’Uvira vers les Hauts Plateaux de Minembwe. Sept passagers, tous Banyamulenge selon Human Rights Watch (HRW), ont été tués.
Les victimes étaient Eraste Rwatangabo, Tite Kandoti, Edmond Gifota, Fidèle Musore, Gisèle Nabisage, le pasteur Amédée Ngeremo et Gitandu Muhoza.
Selon une enquête publiée par HRW en octobre 2012, les assaillants avaient séparé les passagers selon leur appartenance ethnique présumée avant de tuer les Banyamulenge. L’organisation avait alors estimé que les meurtres avaient un caractère ethnique.
Des témoins avaient identifié les assaillants comme des membres des Maï-Maï , un groupe armé actif dans le territoire de Fizi. HRW rapportait également que les hommes armés auraient agi sur la base d’informations concernant l’arrivée du véhicule.
Ces éléments n’ont toutefois pas été confirmés par une condamnation judiciaire publique.
Un an après l’attaque, HRW indiquait que les autorités militaires avaient annoncé l’ouverture d’une enquête, mais qu’aucun mandat d’arrêt n’avait été délivré et qu’aucune personne n’avait été inculpée ou jugée pour les sept meurtres.
Une recherche documentaire publiée en 2024 par TRIAL International et des organisations congolaises sur les crimes graves commis au Sud-Kivu entre 1994 et 2024 recense également cette affaire parmi les crimes documentés dans la province.
Quinze ans après les faits, aucune décision judiciaire définitive établissant publiquement la responsabilité pénale des auteurs n’a été retrouvée dans les sources consultées par Muberwa Média.
L’affaire reste emblématique des difficultés à poursuivre les auteurs de violences commises dans les zones affectées par les groupes armés dans l’est de la République démocratique du Congo.
Les familles des victimes et les survivants continuent ainsi d’attendre des réponses sur les circonstances précises de l’attaque, l’identité de ses responsables et les suites judiciaires données au dossier.
Sources consultées
Muberwa Média a croisé plusieurs sources documentaires indépendantes :
- Human Rights Watch, enquête publiée le 4 octobre 2012, fondée notamment sur les témoignages des sept survivants, d’habitants de Kalungwe, de défenseurs des droits humains et de responsables judiciaires congolais.
- Human Rights Watch, World Report 2013, qui revient sur la mort des sept travailleurs humanitaires et relève qu’un an après l’attaque, aucune arrestation n’avait été effectuée.
- TRIAL International et le Groupe de travail sur la justice transitionnelle au Sud-Kivu, rapport documentaire publié en juillet 2024 sur les crimes graves commis dans la province entre 1994 et 2024.
- Rift Valley Institute, travaux consacrés aux groupes armés du Sud-Kivu et aux Maï-Maï Yakutumba, utilisés pour contextualiser les témoignages et les accusations concernant l’attaque.
- Les archives publiques disponibles concernant Eben-Ezer Ministry International et les victimes.
Précaution éditoriale : les témoignages et rapports cités permettent de documenter les faits rapportés et les soupçons portés sur certains acteurs, mais ne valent pas condamnation judiciaire. Muberwa Média n’affirme donc pas que les personnes ou groupes cités ont été pénalement reconnus coupables.