AGOA : Washington menace de retirer au Rwanda ses avantages commerciaux, sur fond de tensions avec Kigali
Washington – Les relations entre les États-Unis et le Rwanda connaissent un nouvel épisode de tension. L’administration du président Donald Trump envisage de retirer au Rwanda le bénéfice des préférences commerciales accordées dans le cadre de la Loi sur la croissance et les opportunités économiques en Afrique (AGOA), avec une entrée en vigueur annoncée au 1er janvier 2027.
Dans une déclaration publiée à Washington, l’ambassadeur américain au Commerce, Jamieson Greer, explique que cette décision intervient à l’issue de l’examen annuel de l’éligibilité des pays d’Afrique subsaharienne au programme AGOA. Cette évaluation a été menée par le Bureau du représentant américain au commerce (USTR), en collaboration avec plusieurs agences fédérales.
Selon Jamieson Greer, le président Donald Trump considère que les pratiques des gouvernements rwandais et sud-africain ne répondent plus aux critères exigés pour bénéficier de ce dispositif. Washington évoque notamment des obstacles au commerce et aux investissements américains, ainsi que des comportements susceptibles de compromettre ses intérêts en matière de sécurité nationale et de politique étrangère.
Concernant Kigali, les préoccupations américaines portent sur plusieurs domaines, notamment les restrictions commerciales, l'État de droit, le pluralisme politique, les droits humains et le respect des normes internationales relatives aux droits des travailleurs. L'administration américaine met également en avant des pratiques qu'elle juge incompatibles avec ses intérêts sécuritaires et diplomatiques dans la région.
Cette annonce intervient dans un contexte de fortes tensions entre Washington et Kigali autour du conflit dans l'est de la République démocratique du Congo. Kinshasa accuse le Rwanda de soutenir militairement le mouvement rebelle M23, qui contrôle plusieurs zones du Nord-Kivu et du Sud-Kivu. Des rapports des Nations unies ont également documenté l'implication des forces rwandaises aux côtés de cette rébellion. Le gouvernement rwandais rejette ces accusations.
Si la déclaration américaine ne présente pas explicitement le conflit congolais comme l'unique motif de cette décision, la référence aux intérêts de sécurité nationale et de politique étrangère des États-Unis prend une dimension particulière dans le contexte des pressions diplomatiques exercées sur Kigali pour mettre fin à son implication présumée dans la crise sécuritaire congolaise.
Sur le plan économique, une exclusion effective de l'AGOA pourrait affecter les exportateurs rwandais, qui risqueraient de perdre les avantages tarifaires leur permettant d'accéder plus facilement au marché américain. Les produits concernés seraient alors soumis aux conditions douanières ordinaires applicables aux importations aux États-Unis.
Le Rwanda n'est toutefois pas le seul pays visé par cette initiative. L'Afrique du Sud figure également dans la notification américaine, Washington lui reprochant notamment des obstacles aux échanges et aux investissements, des problèmes de corruption et des pratiques considérées comme contraires aux intérêts américains.
Adopté en 2000 par le Congrès américain, l'AGOA constitue un mécanisme commercial destiné à favoriser les échanges entre les États-Unis et les pays d'Afrique subsaharienne remplissant les conditions d'éligibilité. Il accorde notamment un accès préférentiel au marché américain pour plusieurs catégories de produits.
La perspective du retrait des avantages commerciaux du Rwanda ouvre ainsi un nouveau front dans les relations entre Washington et Kigali. Au-delà des conséquences économiques potentielles, cette décision illustre la place croissante des instruments commerciaux dans la stratégie américaine face aux tensions géopolitiques dans la région des Grands Lacs, où la situation dans l'est de la RDC demeure un enjeu majeur.
Muberwa Athanase