Midterms américaines : aucun changement majeur attendu dans la politique de Washington envers la RDC, selon Jason Stearns
Les élections de mi-mandat américaines, communément appelées Midterms, pourraient modifier les équilibres politiques au Congrès sans entraîner de changement fondamental dans la politique étrangère des États-Unis à l’égard de la République démocratique du Congo.
C’est l’analyse développée par Jason Stearns, chercheur au sein du Groupe d’étude sur le Congo (Ebuteli), lors de son intervention dans le podcast Po Na Biso, diffusé ce vendredi.
Selon lui, même en cas de large victoire des démocrates, les orientations de Washington concernant la région des Grands Lacs devraient rester relativement stables. Il avance principalement deux arguments pour expliquer cette perspective.
Premièrement, les démocrates et les républicains partagent globalement des positions similaires sur la situation sécuritaire dans la région. Les deux formations politiques ont notamment exprimé des critiques à l’égard du rôle du Rwanda dans la crise sécuritaire en République démocratique du Congo.
Deuxièmement, Jason Stearns rappelle que la conduite de la politique étrangère américaine relève principalement de la Maison-Blanche. Ainsi, un changement de majorité au Congrès ne signifie pas automatiquement une réorientation de la diplomatie américaine envers Kinshasa et ses voisins.
Le chercheur estime néanmoins que l'arrivée d'une majorité démocrate pourrait renforcer la surveillance parlementaire des décisions de l'administration américaine, notamment concernant ses engagements économiques et sécuritaires en RDC.
Parmi les dossiers susceptibles d'attirer davantage l'attention des élus figure l'investissement soutenu par Washington dans les activités minières de Glencore, associé à un allègement des sanctions visant l'homme d'affaires Dan Gertler.
Le contrat de plus de 100 millions de dollars attribué à Erik Prince par les autorités congolaises pourrait également faire l'objet d'un examen plus approfondi au Congrès américain.
Sur le plan politique, Jason Stearns considère que les démocrates pourraient accorder une attention plus importante aux questions des droits humains et de la démocratie en République démocratique du Congo.
Cette préoccupation pourrait prendre davantage d'ampleur à l'approche des débats politiques sur une éventuelle révision des limites constitutionnelles des mandats présidentiels de Félix Tshisekedi, ainsi que des perspectives électorales de 2028.
Pour Kinshasa, ces évolutions pourraient donc se traduire moins par une rupture diplomatique que par un contrôle politique et institutionnel plus exigeant de la part des parlementaires américains.
Dans un contexte marqué par les tensions persistantes entre la RDC et le Rwanda, les enjeux sécuritaires dans l'est du pays et les intérêts économiques américains dans le secteur minier congolais, Washington demeure un acteur stratégique pour les autorités congolaises.
L'analyse de Jason Stearns souligne ainsi que les résultats des élections américaines de mi-mandat ne détermineront pas, à eux seuls, l'avenir des relations entre Washington et Kinshasa. L'attention devrait plutôt se porter sur la manière dont le Congrès exercera son pouvoir de contrôle et sur les priorités que la Maison-Blanche continuera de défendre dans la région des Grands Lacs.