RDC : Félix Tshisekedi lance une campagne permanente de solidarité nationale face à l’aggravation de la crise humanitaire
Face à l’aggravation de la crise humanitaire et au recul des financements internationaux, la République démocratique du Congo veut désormais davantage compter sur ses propres forces. Le président Félix Tshisekedi a officiellement lancé, ce jeudi à Kinshasa, la Campagne permanente de solidarité nationale, une initiative destinée à mobiliser les citoyens, les institutions, les entreprises et la diaspora en faveur des populations les plus vulnérables.
La cérémonie s’est tenue au Centre culturel de Kinshasa, en présence de membres du gouvernement, de responsables des institutions de la République, des autorités judiciaires et de plusieurs personnalités.
Portée par le ministère des Affaires sociales, Actions humanitaires et Solidarité nationale, cette campagne ambitionne de dépasser le cadre d’une collecte ponctuelle de dons. Le gouvernement veut mettre en place un mécanisme durable permettant de mobiliser des ressources nationales pour répondre aux urgences humanitaires et renforcer l’assistance sociale.
Plus de 15 millions de personnes vulnérables
L’initiative intervient dans un contexte humanitaire particulièrement préoccupant. Selon les données présentées par le ministère des Affaires sociales, plus de 15 millions de Congolais sont actuellement considérés comme vulnérables, notamment sous l’effet des conflits armés, des crises sanitaires et des événements climatiques.
Les données communiquées précédemment par le ministère attribuent environ 60 % de ces situations aux conflits, 25 % aux chocs sanitaires et 15 % aux événements climatiques.
À cette pression humanitaire s’ajoute la diminution des ressources disponibles au niveau international, alors que les besoins continuent d’augmenter.
Tshisekedi appelle à une mobilisation nationale
Dans son discours d’orientation, Félix Tshisekedi a appelé chaque Congolais, chaque institution et chaque organisation à participer à l’effort de solidarité, selon ses moyens.
Pour le chef de l’État, cette mobilisation doit également servir de levier à la cohésion nationale et contribuer à lutter contre les divisions communautaires.
« La solidarité ne peut prospérer là où s’installent la haine, la discrimination et la division », a déclaré Félix Tshisekedi, appelant à faire de cette campagne un rempart contre « le tribalisme, le racisme, le régionalisme, les discours de rejet et toutes les formes d’exclusion ».
Le président congolais a insisté sur le caractère universel de la souffrance des populations, estimant qu’une crise touchant une partie du pays concerne l’ensemble de la nation.
« Lorsqu’un Congolais est éprouvé à l’est, à l’ouest, au nord, au sud ou au centre, c’est la nation tout entière qui est touchée », a-t-il affirmé.
Le chef de l’État a particulièrement appelé la jeunesse à faire preuve de « discernement, de responsabilité et de patriotisme », tout en invitant les utilisateurs des plateformes numériques à privilégier la retenue et la responsabilité dans leurs communications.
Ève Bazaiba défend une « dynamique de rupture »
La ministre d’État chargée des Affaires sociales, Ève Bazaiba Masudi, présente cette campagne comme une « dynamique de rupture » avec une approche essentiellement ponctuelle de la réponse humanitaire.
L’objectif affiché est d’instaurer un système structuré, proactif et durable capable de répondre aux urgences humanitaires et aux besoins d’assistance sociale sur l’ensemble du territoire.
« Chaque geste compte, chaque don sauve une vie », a déclaré Ève Bazaiba, appelant les opérateurs économiques, les fonctionnaires, les artisans, la diaspora et l’ensemble des citoyens à participer à cette initiative.
La ministre résume l’ambition de son département autour de trois objectifs : redonner le sourire, apporter le réconfort et faire renaître l’espoir chez les Congolais en situation de vulnérabilité.
Le gouvernement promet transparence et traçabilité
Pour convaincre les potentiels donateurs, les autorités annoncent un dispositif destiné à assurer la transparence et la traçabilité des contributions.
Les dons en espèces doivent être gérés et tracés par la Caisse nationale de solidarité et de gestion humanitaire des catastrophes, un établissement public de l’État.
Les dons en nature, notamment les vivres et les biens non alimentaires, seront réceptionnés, triés, stockés et distribués à travers le Centre de collecte des dons, placé sous la responsabilité de la Direction générale de la Solidarité nationale.
Un Comité de pilotage national a également été institué pour assurer l’orientation stratégique et la supervision opérationnelle de la campagne. Le dispositif prévoit par ailleurs la publication régulière de rapports financiers ainsi que le recours à des audits indépendants.
Le ministère annonce enfin la délivrance de certificats de mérite citoyen aux personnes physiques et morales qui se distingueront par leur contribution à cette œuvre de solidarité nationale.
Une campagne lancée dans un contexte humanitaire sous pression
Le lancement intervient alors que la RDC fait face à une accumulation de crises. Dans l’est du pays, les conflits armés continuent de provoquer déplacements de populations et besoins urgents en protection, alimentation, santé et abris.
La situation sanitaire ajoute une pression supplémentaire avec la 17ᵉ épidémie d’Ebola, dont l’Ituri constitue l’un des principaux foyers, selon les données communiquées par les autorités sanitaires.
En janvier 2026, le gouvernement congolais et la communauté humanitaire avaient lancé un appel de fonds de 1,4 milliard de dollars pour répondre aux besoins vitaux de millions de personnes. Mais l’évolution de la crise et l’insuffisance des financements ont depuis conduit à une révision importante des besoins.
Selon l’addendum au Plan de réponse humanitaire 2026, le nombre de personnes ayant besoin d’une assistance humanitaire est désormais estimé à 18,5 millions. Le financement nécessaire a été porté à 2,13 milliards de dollars, tandis que les contraintes financières conduisent les acteurs humanitaires à cibler 10,8 millions de personnes.
Vers un nouveau modèle de solidarité ?
À travers cette campagne, Kinshasa cherche donc à transformer la solidarité nationale en un mécanisme permanent de réponse aux crises, à un moment où l’aide internationale ne suffit plus à couvrir l’ensemble des besoins.
Reste désormais le défi de la confiance : la réussite de cette initiative dépendra non seulement de la capacité des Congolais à contribuer, mais aussi de la transparence dans la collecte, la gestion et la distribution des ressources mobilisées.
Pour Félix Tshisekedi, l’enjeu dépasse ainsi la seule assistance humanitaire. Il s’agit de faire de la solidarité un instrument de cohésion nationale reliant les différentes provinces, les générations et la diaspora autour d’une même responsabilité : ne laisser aucun Congolais vulnérable seul face à la crise.
Muberwa Média | Kinshasa, République démocratique du Congo