RDC : à Uvira, les femmes journalistes s'arment contre le harcèlement en ligne
Elles travaillent dans des radios, des télévisions et des médias en ligne d'Uvira, au bord du lac Tanganyika. Vendredi 2 octobre, quinze femmes journalistes se sont réunies dans la salle CFRM de la ville. Leur sujet : le harcèlement qu'elles subissent sur Facebook, WhatsApp ou TikTok. L'atelier était organisé par le Réseau national des ONG pour le développement de la femme (RENADEF), dans le cadre du projet « Impulsion Média » de la Fédération des radios de proximité du Congo (FRPC), financé par la Coopération suisse.
Une nouvelle forme de violence basée sur le genre
En ouvrant les travaux, Joséphine Kassa Bantu Mponga, cheffe de la Division provinciale du Genre, Famille et Enfant du Sud-Kivu, a qualifié le cyberharcèlement de nouvelle forme de violence basée sur le genre. Selon elle, ces attaques poussent les femmes journalistes à l'autocensure, parfois à l'abandon du métier. Et quand une journaliste se tait, c'est toute une communauté qui perd une source d'information.
Depuis Kinshasa, par visioconférence, Marie Nyombo Zaina, coordinatrice nationale du RENADEF, a animé l'essentiel de la session. Elle a détaillé les formes du phénomène : insultes sexistes, menaces, chantage, fausses informations, usurpation d'identité, publication d'images intimes vraies ou truquées. Sur Internet, rappelle-t-elle, un contenu se partage vite et ne disparaît presque jamais.
Des réflexes et une loi méconnue
La formation a surtout porté sur la conduite à tenir : conserver les preuves datées, signaler les contenus aux plateformes, sécuriser ses comptes avec une double authentification, porter plainte et ne pas rester isolée. La RDC dispose depuis 2023 d'un Code du numérique, qui réprime notamment le cyberharcèlement. Mais le texte reste peu connu, y compris des services chargés de l'appliquer, ont constaté les participantes.
Pour la FRPC, l'enjeu dépasse la question du genre. Sa représentante l'a résumé ainsi : on ne peut pas renforcer les radios sans protéger celles et ceux qui les font vivre.
Des témoignages qui pèsent
Dans la salle, les témoignages se sont succédé. Une journaliste a raconté avoir dû changer de logement et bloquer des contacts après des menaces. D'autres ont évoqué des émissions refusées, des remarques dévalorisantes de leur hiérarchie ou des insultes du public. Dans une région marquée par l'insécurité, le harcèlement en ligne s'ajoute aux dangers du terrain.
Les participantes ont salué un atelier utile et remercié ses initiateurs. Elles réclament désormais un mécanisme d'alerte rapide, un accompagnement juridique et psychologique, et des formations plus poussées en sécurité numérique. Le RENADEF promet que cet atelier n'est qu'un début.
Uvira (Sud-Kivu), de S.D. Landry