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Politique

RDC : 52 095 détenus dans les prisons, le ministre de la Justice plaide pour des moyens supplémentaires

Muberwa Athanase Mis à jour le 2026-11-06 10:42:02 5 min de lecture
Ministre

La crise du système pénitentiaire et les difficultés structurelles de la justice congolaise étaient au centre d’une audition parlementaire du ministre d’État, ministre de la Justice et Garde des Sceaux, Guillaume Ngefa Atondoko Andali. Il a été entendu par la commission chargée du suivi et de l’évaluation de l’exécution des lois, des résolutions, des recommandations et des politiques publiques de l’Assemblée nationale, dans le cadre du contrôle parlementaire de l’action gouvernementale.

Présidée par le député national Singoma Mwanza Hamisi, élu de Nyiragongo, dans la province du Nord-Kivu, cette séance de travail a notamment porté sur les conditions de détention dans les prisons, les infrastructures judiciaires et les conditions de travail des magistrats.

Selon le compte rendu publié le jeudi 22 octobre 2026 par la cellule de communication du ministère de la Justice, la République démocratique du Congo dispose d’une cartographie de 214 établissements pénitentiaires potentiels. Parmi eux, 116 sont subventionnés, 24 ne le sont pas et 74 sont non opérationnels.

Le tableau de la population carcérale demeure particulièrement préoccupant. Au 20 octobre 2026, les prisons congolaises comptaient 52 095 détenus, dont 11 835 condamnés et 40 260 prévenus. Le ministère fait également état de 80 femmes accompagnées d’enfants ou de nourrissons et de 27 femmes enceintes.

Ces chiffres mettent en évidence l’ampleur des défis auxquels le système pénitentiaire est confronté, notamment dans les établissements surpeuplés comme la prison centrale de Makala, à Kinshasa. De nombreuses infrastructures, construites pour répondre aux besoins d’une population carcérale bien moins importante, peinent aujourd’hui à assurer des conditions de détention adéquates.

La surpopulation accentue les difficultés liées à l’hygiène, à l’alimentation, à l’accès aux soins et au respect de la dignité des détenus. Elle soulève également la question de la détention préventive, alors que les prévenus représentent la majorité de la population carcérale recensée.

Devant les députés, Guillaume Ngefa Atondoko Andali a également évoqué les contraintes budgétaires et logistiques qui affectent le fonctionnement des établissements pénitentiaires. Il a notamment relevé l’irrégularité des décaissements destinés à couvrir les besoins alimentaires et médicaux des détenus.

Pour améliorer la gestion des approvisionnements, le gouvernement envisage notamment un partenariat avec le Service national ainsi qu’une révision des contrats de fourniture. Des projets d’infrastructures sont également en cours, parmi lesquels la construction d’une prison moderne à Mbandaka et des travaux de réhabilitation ciblés.

Sur le volet judiciaire, le ministre a rappelé que la gestion du budget de fonctionnement et de rémunération des magistrats relève de l’autonomie du Conseil supérieur de la magistrature (CSM), conformément aux dispositions légales. Il a néanmoins réaffirmé la volonté du gouvernement d’accompagner le pouvoir judiciaire, notamment par la mise à disposition d’infrastructures adaptées et le renforcement du dialogue avec le CSM.

Les échanges avec les députés ont aussi porté sur la couverture judiciaire du territoire national, la lutte contre les déserts judiciaires, la présence effective des magistrats dans les juridictions de l’intérieur, les procédures de passation des marchés publics et la prise en charge des personnes vulnérables. La possibilité de mettre en place une prison-école sur le site de l’île de Bulambemba, à Boma, dans la province du Kongo-Central, a également été abordée.

Face à ces difficultés, Guillaume Ngefa a sollicité le soutien de la représentation nationale pour la création d’un fonds spécial destiné à soutenir la justice et à renforcer les ressources disponibles pour garantir un meilleur accès au droit.

Cette démarche intervient dans un contexte marqué par les discussions préparatoires autour du projet de loi de finances 2027. Lors de ses consultations avec le ministre du Budget, Adolphe Muzito, le ministre de la Justice avait plaidé pour une augmentation substantielle des crédits alloués à son secteur, avec une enveloppe envisagée dépassant les 100 millions de dollars.

Alors que le projet de loi de finances a été déposé à l’Assemblée nationale pour examen, la responsabilité revient désormais aux élus de se prononcer sur les ressources à consacrer au redressement du système judiciaire.

Au-delà des annonces et des réformes envisagées, le défi reste celui de la mise en œuvre. La modernisation des prisons, l’amélioration des conditions de détention, le renforcement des effectifs judiciaires et la réduction des inégalités d’accès à la justice nécessitent des investissements durables, une gestion transparente des fonds publics et un suivi rigoureux des engagements pris.

Pour la République démocratique du Congo, l’enjeu dépasse la seule administration des prisons : il concerne le respect des droits fondamentaux, l’efficacité de l’État de droit et la confiance des citoyens dans les institutions. La question centrale demeure désormais celle des moyens que les pouvoirs publics accepteront de mobiliser pour transformer les constats en résultats concrets.

Muberwa Athanase

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