RDC : Joseph Kabila s’oppose à toute révision constitutionnelle et accuse le pouvoir de privilégier son maintien au pouvoir
L’ancien président de la République démocratique du Congo, Joseph Kabila, est sorti de son silence ce vendredi 9 octobre, avec une déclaration dans laquelle il s’oppose fermement au projet de changement ou de révision de la Constitution défendu par certains partisans du pouvoir en place. Le sénateur à vie accuse le président Félix Tshisekedi et son entourage de vouloir remettre en cause les équilibres institutionnels issus du processus politique de Sun City.
Au cœur de cette prise de position figure la question constitutionnelle, devenue un sujet de confrontation entre les acteurs politiques congolais. Joseph Kabila estime que toute initiative visant à modifier la Constitution dans le contexte actuel risque d’aggraver les tensions politiques, alors que le pays reste confronté à une crise sécuritaire persistante, particulièrement dans sa partie orientale.
Dans sa déclaration, l’ancien chef de l’État dénonce ce qu’il considère comme une volonté de son successeur de se maintenir au pouvoir à tout prix. Il accuse Félix Tshisekedi de poursuivre, selon ses termes, une « politique suicidaire pour le pays et la nation », qu’il associe à un projet de remise en cause du pacte républicain conclu à Sun City.
Pour étayer ses critiques, Joseph Kabila évoque notamment la reprise, au Parlement, de l’examen de la proposition de loi relative au référendum. Selon les éléments rapportés dans sa déclaration, ce texte avait été renvoyé par le président de la République après que la Cour constitutionnelle l’avait jugé conforme à la Constitution, sous réserve de modifications portant sur une dizaine de dispositions.
L’ancien président critique également les manifestations et les campagnes de sensibilisation organisées à Kinshasa et dans d’autres localités en faveur d’un changement constitutionnel. Il dénonce parallèlement ce qu’il qualifie de répression violente des manifestations publiques opposées à ce projet.
Ces accusations interviennent dans un climat politique marqué par des divergences sur l’avenir des institutions, les règles constitutionnelles et les priorités de l’État. La controverse soulève notamment des questions sur les garanties démocratiques, le droit de manifester et les conditions dans lesquelles un éventuel débat sur la Constitution pourrait être conduit.
Joseph Kabila élargit ses critiques à la gestion générale du pays. Il estime que la situation politique, sécuritaire et économique ne laisse entrevoir aucune perspective claire de sortie de crise. Il met particulièrement en avant les souffrances des populations de l’Est, toujours confrontées à l’insécurité, aux déplacements et aux conséquences des violences armées.
« Il n’y a rien à attendre de ce pouvoir, parce qu’il n’est motivé que par sa pérennisation et celle des dividendes qu’en tirent son Chef et ses proches », affirme-t-il. L’ancien président accuse également Félix Tshisekedi de ne pas assumer pleinement ses responsabilités, de ne pas tenir ses promesses et de manquer à ses engagements.
Il s’en prend par ailleurs aux responsables politiques et institutionnels qu’il accuse de privilégier la loyauté personnelle envers le chef de l’État plutôt que l’accomplissement de leurs missions constitutionnelles. Il dénonce ce qu’il décrit comme une valorisation excessive de la personnalité présidentielle au détriment du fonctionnement normal des institutions.
« Ils ont fait le triste choix, confortable dans toute dictature, de la surenchère du culte de la personnalité », déclare Joseph Kabila, dans une critique particulièrement sévère des responsables qu’il estime soumis au pouvoir exécutif.
Patrick Muyaya rejette les critiques et défend le dialogue
La réaction du gouvernement ne s’est pas fait attendre. Le porte-parole du gouvernement, Patrick Muyaya, a présenté Joseph Kabila comme un homme du passé qui n’aurait plus rien à proposer au pays, sinon le chaos. Cette réponse traduit la persistance d’un affrontement politique entre l’ancien chef de l’État et les autorités actuelles.
Dans le même temps, Patrick Muyaya a réaffirmé la disponibilité de Kinshasa à privilégier le dialogue comme voie de sortie de crise, notamment pour restaurer la paix et préserver l’intégrité territoriale de la République démocratique du Congo.
Les deux prises de position illustrent ainsi la profondeur des divergences sur la gouvernance, l’avenir constitutionnel et les moyens de répondre aux défis nationaux. D’un côté, Joseph Kabila met en garde contre ce qu’il considère comme une concentration du pouvoir et une remise en cause des équilibres républicains. De l’autre, le gouvernement défend le dialogue tout en rejetant les accusations de l’ancien président.
Au-delà de cette confrontation verbale, les enjeux restent considérables pour la RDC : préserver la stabilité des institutions, garantir les libertés publiques, répondre aux difficultés économiques et faire face à l’insécurité dans l’Est du pays.
La question constitutionnelle demeure donc au centre du débat politique. Son évolution dépendra notamment des initiatives effectivement engagées par les institutions, des procédures prévues par la Constitution et de la capacité des acteurs politiques à confronter leurs positions dans un cadre pacifique et démocratique.