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Politique

RDC : Tshisekedi dépêche Nkinzo et Biselele auprès de Mgr Muteba pour préparer le dialogue national

Muberwa Athanase Mis à jour le 2026-11-05 09:01:44 4 min de lecture
Kinshasa

Le projet de dialogue national voulu par le président Félix Tshisekedi entre dans une nouvelle phase de consultations. Samedi 3 octobre 2026, le chef de l’État a dépêché à Lubumbashi son directeur de cabinet, Anthony Nkinzo Kamole, ainsi que Fortunat Biselele, ancien conseiller privé du président, auprès de Mgr Fulgence Muteba, président de la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO).

La rencontre, plus large que ce qui avait initialement été annoncé, s’est tenue à l’archevêché de Lubumbashi en présence de plusieurs responsables religieux et politiques. Parmi les personnalités identifiées figuraient notamment la gouverneure du Lualaba, Fifi Masuka, le secrétaire général de la CENCO, Mgr Donatien Nshole, ainsi que deux responsables de l’Église du Christ au Congo (ECC).

Au centre des échanges : le projet de « Dialogue national pour la paix, la cohésion et la refondation de l’État » annoncé par Félix Tshisekedi. Les représentants de la présidence étaient chargés de présenter aux responsables religieux les grandes lignes du processus envisagé et de recueillir leurs positions sur les conditions de sa mise en œuvre.

Cette démarche intervient alors que la CENCO et l’ECC disposent déjà de leur propre initiative de médiation. Depuis janvier 2025, les deux principales confessions chrétiennes portent le « Pacte social pour la paix et le bien-vivre ensemble en RDC et dans les Grands Lacs », présenté comme une contribution à la recherche d'une solution durable aux crises politiques et sécuritaires qui frappent le pays et la région.

Le rapprochement entre les deux démarches pourrait donc constituer l'un des principaux enjeux des prochaines consultations. Les Églises ne rejettent pas le principe d’un dialogue national, mais insistent sur ses conditions de crédibilité. Elles plaident notamment pour un processus inclusif, transparent et suffisamment indépendant pour associer les différentes composantes de la société congolaise.

L'opposition politique, la société civile et les autres acteurs concernés devraient, selon cette approche, pouvoir participer au processus. La question de l’implication des acteurs régionaux pourrait également s’avérer déterminante, alors que la crise dans l’Est de la RDC demeure étroitement liée aux dynamiques sécuritaires des Grands Lacs.

Cette exigence d’inclusivité intervient alors que la communauté internationale observe avec attention les initiatives politiques lancées à Kinshasa. Mardi dernier, devant le Conseil de sécurité des Nations unies à New York, le chef de la MONUSCO, James Swan, a salué l’initiative de dialogue portée par le président Tshisekedi, tout en soulignant la nécessité de garanties susceptibles de rassurer les différentes parties.

Selon cette position, un processus crédible devrait notamment être conduit avec l’appui de facilitateurs impartiaux bénéficiant de la confiance des acteurs concernés. Son agenda devrait également dépasser la seule question de la guerre dans l’Est et aborder les causes plus profondes des crises politiques, institutionnelles, économiques et sociales qui traversent la RDC.

Cette dernière condition est particulièrement sensible. Depuis plusieurs années, les conflits armés dans l’Est du pays se combinent avec des tensions politiques, des revendications communautaires, des problèmes de gouvernance et une profonde défiance entre les institutions et une partie de la classe politique.

Dans ce contexte, la rencontre de Lubumbashi ne constitue pas encore un accord sur le format du futur dialogue. Elle apparaît plutôt comme une étape de consultation entre la présidence et les principales institutions religieuses du pays.

Pour Félix Tshisekedi, l’enjeu est désormais de transformer l’annonce du dialogue en un processus suffisamment crédible pour réunir autour d’une même table des acteurs aux intérêts profondément divergents. Pour la CENCO et l’ECC, la question sera de savoir si leur propre initiative peut être intégrée au processus présidentiel sans perdre son autonomie et sa capacité de médiation.

À Lubumbashi, les discussions ont ainsi ouvert une nouvelle séquence politique. Mais la réussite du futur dialogue dépendra moins de l’annonce de son organisation que de sa capacité à instaurer la confiance, à garantir une représentation réelle des forces politiques et sociales et à traiter les causes structurelles de la crise congolaise.

Dans une RDC confrontée à la guerre dans l’Est, aux déplacements de populations et à une fragmentation persistante du paysage politique, le véritable défi ne sera donc pas simplement de réunir les protagonistes autour d’une table. Il sera de créer les conditions pour qu’ils puissent enfin s’écouter, négocier et parvenir à des engagements suffisamment solides pour résister aux crises successives qui fragilisent le pays.

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