Crise dans l’Est de la RDC : le Burundi appelle à une réponse régionale et à l’application des engagements de paix
Face à la poursuite des hostilités dans l’est de la République démocratique du Congo, le Burundi appelle à une réponse régionale davantage coordonnée et à la mise en œuvre effective des engagements déjà pris pour tenter de mettre fin à la crise. Devant le Conseil de sécurité des Nations unies, le représentant permanent burundais, Zéphyrin Maniratanga, a estimé que la multiplication de nouvelles initiatives diplomatiques ne saurait remplacer l’application des décisions déjà adoptées.
Lors du briefing consacré à la situation en RDC, le diplomate burundais a replacé la crise congolaise dans son environnement régional. Selon lui, les violences qui affectent particulièrement le Nord-Kivu et le Sud-Kivu ne peuvent être traitées durablement sans une implication concertée des États voisins, de l’Union africaine et des mécanismes régionaux de médiation.
« Nous souhaitons souligner la dimension régionale de cette crise », a déclaré Zéphyrin Maniratanga, en évoquant notamment les échanges entre les Nations unies et les autorités de plusieurs pays de la région dans le cadre des efforts diplomatiques en faveur de la paix.
Pour Bujumbura, l’enjeu dépasse ainsi les seuls affrontements entre les forces gouvernementales congolaises et l’AFC/M23. Il concerne également les relations entre les États des Grands Lacs, les mouvements de populations, la sécurité des frontières et les risques de propagation du conflit au-delà du territoire congolais.
Cette lecture régionale intervient alors que le Conseil de sécurité avait déjà adopté à l’unanimité, le 21 février 2025, la résolution 2773. Celle-ci demande notamment au M23 de cesser immédiatement les hostilités et de se retirer des zones qu’il contrôle. Elle appelle également le Rwanda à mettre fin à son soutien au mouvement et à retirer ses forces du territoire congolais. Le texte demande parallèlement à Kinshasa de prendre des mesures concernant les groupes armés, notamment les FDLR.
Plus d’un an après son adoption, la question soulevée par le Burundi est donc celle de l’écart entre les décisions internationales et leur traduction sur le terrain.
« Nous ne pouvons attendre une nouvelle flambée de violence pour adopter une nouvelle résolution alors que les engagements précédents restent insuffisamment appliqués », a fait valoir le représentant burundais.
Cette position rejoint une préoccupation déjà exprimée au sein du Conseil de sécurité : la persistance des violences malgré les décisions adoptées et les différents processus diplomatiques engagés. La résolution 2773 avait précisément insisté sur le respect de la souveraineté, de l’intégrité territoriale et de l’indépendance de la RDC, ainsi que sur les principes de non-ingérence et de bon voisinage.
Pour le Burundi, la priorité doit désormais être donnée à la prévention plutôt qu'à une succession de réponses diplomatiques intervenant après chaque nouvelle escalade. Le diplomate a appelé à une action précoce, à une meilleure coordination entre les acteurs régionaux et à un suivi plus rigoureux des engagements pris.
Cette approche prend une dimension particulière pour le Burundi, directement exposé aux conséquences de la crise congolaise. Le pays accueille des réfugiés ayant fui les violences en RDC, ce qui exerce une pression supplémentaire sur les ressources nationales et sur les communautés d’accueil.
La crise sécuritaire congolaise possède ainsi une dimension humanitaire qui dépasse les frontières. Les déplacements forcés, les besoins alimentaires, l'accès aux soins et la protection des civils constituent autant de conséquences susceptibles d'affecter durablement les pays voisins.
Le représentant burundais a notamment insisté sur cette réalité, estimant que la solidarité manifestée par les pays d’accueil devait être davantage prise en compte dans la réponse internationale.
Dans le Sud-Kivu, la situation autour de Minembwe et d’Uvira illustre également cette dimension transfrontalière. La proximité avec le Burundi et les mouvements de populations entre les deux pays rendent particulièrement sensibles les évolutions sécuritaires dans cette partie de la RDC.
Pour les populations civiles, l'enjeu ne se limite toutefois pas aux déclarations diplomatiques. Chaque nouvelle offensive ou déplacement de population peut entraîner une interruption des activités économiques, une pression accrue sur les services sociaux et de nouveaux mouvements de personnes vers les zones considérées comme plus sûres.
Le Burundi défend dès lors une approche reposant sur plusieurs niveaux : prévention des conflits, coopération entre États voisins, médiation africaine, application des décisions du Conseil de sécurité et protection des populations.
Cette position intervient dans un contexte où plusieurs processus diplomatiques cherchent parallèlement à obtenir une cessation durable des hostilités. La résolution 2773 avait notamment réaffirmé l'importance des initiatives régionales et appelé les parties à revenir à la voie du dialogue.
La difficulté demeure toutefois celle de transformer les engagements politiques en mesures concrètes sur le terrain. Tant que les groupes armés continueront à contrôler des territoires, que les populations resteront déplacées et que les accusations de soutien extérieur aux acteurs armés persisteront, la stabilité régionale restera fragile.
Le message porté par Bujumbura devant le Conseil de sécurité se résume ainsi à un changement de méthode : ne plus attendre une nouvelle escalade pour agir, mais renforcer les mécanismes permettant d'anticiper les crises, vérifier l'application des accords et demander des comptes aux acteurs concernés.
Dans les Grands Lacs, où plusieurs décennies de conflits ont démontré les limites des réponses fragmentées, la question centrale demeure donc celle de la mise en œuvre. Les résolutions, accords et déclarations diplomatiques existent déjà. Pour les populations de l'Est de la RDC, leur véritable portée se mesurera surtout à leur capacité à contribuer à la fin des combats, à la protection des civils et au retour durable de l'autorité de l'État dans les zones affectées par le conflit.