Prison de Kangbayi : à Beni, la Société civile redoute une aggravation de la crise sanitaire
La prison centrale de Kangbayi, à Beni, fait face à une situation alarmante. Surpopulation extrême, pénurie de nourriture et difficultés d’accès aux soins : après une visite effectuée le 25 septembre 2026, la Coordination urbaine de la Société civile Forces vives de Beni appelle les autorités à intervenir d’urgence pour éviter une aggravation de la situation sanitaire dans cet établissement.
Selon cette structure citoyenne, plusieurs détenus rencontrés lors de la visite ont affirmé être restés jusqu’à deux semaines sans recevoir de nourriture. La délégation dit également avoir constaté que les dépôts alimentaires de la prison étaient vides au moment de son passage.
Ces témoignages, qui n’ont pas pu être vérifiés de manière indépendante, soulèvent de nouvelles inquiétudes sur la capacité de l’administration pénitentiaire à assurer les besoins essentiels des personnes privées de liberté.
« La coordination urbaine de la société civile, forces vives de Beni, a trouvé les dépôts alimentaires de la prison vides », a déclaré Me Paluku Kavota Pépin, président de la Coordination urbaine de la Société civile Forces vives de Beni.
Pour cette organisation, la question ne se limite pas à une pénurie ponctuelle. Elle révèle, selon elle, les difficultés structurelles auxquelles est confrontée la prison de Kangbayi, notamment en matière d’alimentation, de soins de santé et de gestion de la population carcérale.
Construite à l’origine pour accueillir environ 250 personnes, Kangbayi compterait aujourd’hui 2 358 détenus, selon les chiffres communiqués par la Société civile. Un niveau de surpopulation qui, s’il est confirmé, place l’établissement dans une situation de saturation majeure.
La situation est d’autant plus préoccupante que la prison compte un nombre important de personnes en attente de jugement. En 2025, son directeur avait indiqué que plus de 1 200 détenus se trouvaient alors dans cette situation.
La détention préventive constitue depuis plusieurs années l’un des principaux défis du système pénitentiaire congolais. Lorsque les procédures judiciaires s’allongent dans des établissements déjà surpeuplés, la pression augmente sur les infrastructures, les stocks alimentaires, les services médicaux et les dispositifs d’hygiène.
À Kangbayi, la Société civile redoute désormais que la combinaison de ces facteurs ne conduise à une nouvelle dégradation de la situation sanitaire.
« Nous demandons ainsi à l’autorité provinciale, urbaine, aux partenaires et à toutes les personnes de bonne volonté de se pencher sur cette question avant que l’on assiste à plusieurs pertes en vie humaine dans la prison de Kangbayi », a alerté Me Paluku Kavota Pépin.
L’organisation appelle notamment les autorités compétentes à garantir l’approvisionnement alimentaire de la prison, renforcer les soins médicaux et prendre des mesures pour réduire la surpopulation.
Elle dénonce également ce qu’elle considère comme une prise en charge inégale des établissements pénitentiaires à travers le pays. Me Paluku Kavota Pépin cite notamment les prisons de Luzumu, au Kongo-Central, de Kangolo, au Tanganyika, d’Angenga, au Sud-Ubangi, ainsi que Makala et Ndolo à Kinshasa, qu’il affirme bénéficier d’une prise en charge particulière. Ces affirmations nécessitent toutefois d’être documentées et confrontées aux données officielles.
La situation de Kangbayi s’inscrit dans un problème plus vaste. Dans plusieurs provinces de la RDC, des organisations de défense des droits humains alertent régulièrement sur la surpopulation carcérale, la détention prolongée sans jugement, les pénuries alimentaires, le manque d’eau potable et l’insuffisance des soins médicaux.
Pour les détenus, ces difficultés ne constituent pas seulement une question de conditions de détention. Elles touchent directement à leur survie et à leur dignité.
La prison de Kangbayi se retrouve ainsi au centre d’une urgence qui dépasse les murs de l’établissement : celle de la capacité de l’État congolais à garantir les droits fondamentaux des personnes qu’il prive de liberté. Une intervention ponctuelle pourrait répondre à la pénurie immédiate. Mais la situation décrite à Beni pose surtout une question plus profonde : combien de temps un système pénitentiaire construit pour quelques centaines de personnes peut-il continuer à fonctionner avec plusieurs milliers de détenus sans exposer davantage leurs vies ?
À Kangbayi, l’urgence est désormais double : répondre aux besoins immédiats des détenus et s’attaquer aux causes structurelles de la crise carcérale, notamment la surpopulation et l’accumulation des détentions préventives.