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Sécurité

Nord-Kivu : Badilika alerte sur une nouvelle série de violations des droits humains

Muberwa Média Mis à jour le 2026-11-05 02:09:34 6 min de lecture
Goma

Meurtres, enlèvements, violences sexuelles, déplacements forcés, pillages, destructions de biens et attaques contre des structures sanitaires : un nouveau rapport de Badilika Droits humains documente une série de violations des droits humains dans plusieurs territoires du Nord-Kivu, notamment à Beni, Lubero, Rutshuru et Masisi, ainsi que dans les villes de Goma et Butembo.

Selon l’organisation, ces faits ont été documentés à partir d’entretiens menés auprès de victimes, de témoins, de familles affectées, d’acteurs de la société civile, de correspondants communautaires et de responsables locaux. Manouveau Nguka Patrick, coordonnateur de Badilika Droits humains, affirme que cette démarche vise à recueillir des informations directement auprès des communautés touchées par les violences.

Pour Muberwa Média, ces alertes s'inscrivent dans un contexte qui nécessite également un travail journalistique de terrain approfondi. À travers ses enquêtes et reportages dans l’est de la République démocratique du Congo, le média indépendant s’attache à documenter les conséquences humaines du conflit, à recueillir la parole des populations affectées et à confronter les informations disponibles avant leur publication.

Cette démarche d’enquête vise notamment à donner une visibilité aux réalités vécues par les civils dans les zones affectées par les violences : déplacements, perte des moyens de subsistance, destruction des infrastructures, difficultés d’accès aux soins et à l’éducation, ainsi que risques sécuritaires auxquels sont confrontées les communautés.

Le droit à la vie figure parmi les principales violations recensées. Le rapport attribue plusieurs dizaines de décès à des attaques enregistrées notamment dans les zones de Beni et Lubero. D’autres pertes civiles auraient été enregistrées à Rutshuru, Masisi et dans différents secteurs du Petit Nord, dans un contexte marqué par des affrontements et des violences impliquant plusieurs groupes armés.

À Katwiguru, un pasteur aurait été tué à son domicile. À Nyamagana, quatre civils, parmi lesquels un homme âgé d’environ 60 ans, auraient également perdu la vie. À Ndwali, quatre autres civils auraient été tués et 16 personnes blessées, selon les informations compilées par l’organisation.

Le rapport fait également état de plusieurs cas d’enlèvements et d’arrestations. À Rutshuru, onze personnes auraient été enlevées. À Beni, 28 personnes auraient été interpellées au cours d’une opération de bouclage.

La situation rapportée à Goma est particulièrement préoccupante. Une centaine de jeunes auraient été conduits depuis le marché de Kituku. Selon Badilika, certains auraient été soumis à un recrutement forcé. Plusieurs auraient ensuite été libérés, tandis que d’autres resteraient introuvables.

Dans plusieurs quartiers de Goma et dans le territoire de Masisi, l’organisation signale également des incendies dont l’origine n’aurait pas encore été établie. Ces incidents viennent s’ajouter à un climat général d’insécurité qui continue d’affecter les populations civiles.

À Nyarubara, dans le groupement de Jomba, Badilika rapporte l’explosion d’un engin explosif qui aurait fait sept morts, dont cinq enfants et deux femmes commerçantes, ainsi qu’au moins 13 blessés. L’incident illustre les risques persistants liés à la présence d’engins explosifs dans certaines zones affectées par le conflit.

Les conséquences économiques et sociales des violences sont également mises en avant. Dans plusieurs localités de Rutshuru et Masisi, des cultures auraient été détruites et des maisons pillées. Des habitants de Beni et Rutshuru auraient par ailleurs été empêchés d’accéder à leurs champs.

Pour des communautés largement dépendantes de l’agriculture, ces restrictions représentent bien plus qu’une perte de récoltes. Elles menacent directement les moyens de subsistance, aggravent l’insécurité alimentaire et peuvent pousser davantage de familles à abandonner leurs lieux de vie.

Le secteur de la santé n’est pas épargné. À Butembo, le Centre de santé Mapendo aurait été incendié tandis que le poste de santé Zawadi aurait été détruit. À Beni, un centre de santé situé à Mbutaba aurait également été incendié. Ces attaques ou destructions réduisent encore l’accès aux soins dans des zones où les besoins humanitaires restent importants.

Pour Muberwa Média, le recoupement des informations demeure essentiel dans un environnement où la désinformation, les accusations contradictoires et la circulation rapide de contenus non vérifiés peuvent compliquer l’établissement des faits. Le travail d’enquête journalistique consiste ainsi à confronter les témoignages, rechercher des sources indépendantes et replacer chaque incident dans son contexte.

Cette approche permet également de mettre en lumière des réalités qui dépassent les seuls bilans sécuritaires : familles séparées, enfants privés d’école, agriculteurs empêchés d’accéder à leurs champs, structures sanitaires détruites et communautés contraintes de vivre dans la peur ou le déplacement.

Face à cette situation, Badilika Droits humains appelle les autorités congolaises à renforcer immédiatement la protection des civils et à ouvrir des enquêtes indépendantes et impartiales sur les faits documentés. L’organisation demande que les personnes reconnues responsables soient poursuivies conformément à la législation congolaise et aux obligations internationales de la République démocratique du Congo.

Badilika insiste également sur la nécessité de garantir aux victimes un accès effectif à la justice, aux soins médicaux et aux services de soutien psychosocial. L’organisation recommande une attention particulière à la protection des femmes et des enfants, ainsi qu’à la sécurisation des écoles et des établissements de santé.

Dans une région où les populations civiles restent exposées à des violences multiples, l’enjeu dépasse désormais la seule réponse sécuritaire. La documentation indépendante des faits, la protection des victimes, l’accès à la justice et la lutte contre l’impunité constituent des éléments essentiels de toute réponse durable à la crise.

À travers ses enquêtes et son journalisme de proximité, Muberwa Média entend continuer à donner la parole aux communautés affectées et à documenter les réalités du terrain, dans le respect des principes de vérification, d’indépendance et de responsabilité journalistique.

Les allégations contenues dans le rapport devront toutefois faire l’objet de vérifications indépendantes, notamment concernant l’identité des auteurs et les circonstances précises de certains incidents. Dans les zones de conflit, l’établissement rigoureux des faits demeure essentiel pour informer le public, protéger les victimes et contribuer à la lutte contre l’impunité.

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