RDC-RWANDA : Kigali conteste le protocole de Kinshasa avec les FDLR et exige leur neutralisation
Le processus de paix entre la République démocratique du Congo et le Rwanda se heurte à une nouvelle divergence majeure. Kigali conteste la démarche engagée par Kinshasa avec les Forces démocratiques de libération du Rwanda, les FDLR, estimant qu’un protocole consacré au désarmement, à la démobilisation et au cantonnement ne peut se substituer à l’engagement de neutralisation inscrit dans l’accord de paix de Washington.
La position rwandaise a été exposée le 29 septembre par son représentant permanent auprès des Nations unies, l’ambassadeur Martin Ngoga, lors d’une réunion du Conseil de sécurité consacrée à la situation en RDC et à l’avenir de la MONUSCO.
Pour Kigali, la question ne relève pas seulement du vocabulaire utilisé dans les accords. Elle touche directement à la manière dont la menace des FDLR doit être traitée, mais aussi aux mécanismes permettant de vérifier que cette menace a effectivement été éliminée.
Selon l’ambassadeur rwandais, l’accord de Washington, ainsi que le concept d’opérations et l’ordre d’opérations convenus dans ce cadre, définissent déjà les obligations des parties et les modalités devant permettre leur application.
Kigali rejette ainsi toute interprétation qui conduirait, selon lui, à remplacer ces engagements par des arrangements distincts conclus directement avec les groupes armés.
Le Rwanda considère notamment que la signature de protocoles successifs avec les FDLR ne répond pas à l'objectif fixé par le processus de Washington. L’ambassadeur Ngoga a rappelé que Kinshasa avait déjà conclu plusieurs accords avec des responsables des FDLR et de groupes qui leur sont affiliés, le plus récent remontant au 29 août 2026.
Pour Kigali, le problème central demeure donc celui de la neutralisation effective du mouvement armé.
Le gouvernement rwandais affirme par ailleurs que les positions des FDLR ont déjà été identifiées et cartographiées dans le cadre du Mécanisme conjoint de coordination de la sécurité. Cette cartographie devrait, selon cette lecture, permettre de passer d’un engagement politique à une opération concrète, assortie de mécanismes de contrôle.
Derrière cette bataille diplomatique se trouve une question plus profonde : qui définit le contenu exact des engagements de sécurité et comment leur respect doit-il être vérifié ?
Pour Kinshasa, le désarmement, la démobilisation et le cantonnement constituent une voie permettant de sortir les combattants des structures armées et de réduire la menace. Pour Kigali, cette approche risque de laisser subsister une capacité militaire et idéologique qu’il considère comme une menace directe pour sa sécurité nationale.
Le Rwanda présente depuis longtemps les FDLR comme une menace sécuritaire majeure en raison de leur histoire, de leur présence dans l’est de la RDC et de leurs liens présumés avec certains réseaux opérant dans la région. Kigali insiste également sur la proximité géographique : les zones où les FDLR sont actives se trouvent à proximité immédiate de la frontière rwandaise.
Cette perception explique la fermeté du discours rwandais au Conseil de sécurité.
Mais cette lecture est contestée par Kinshasa, qui affirme de son côté avoir pris des engagements dans le cadre du processus de paix et avoir engagé des mécanismes destinés à traiter la question des groupes armés.
Le désaccord devient particulièrement sensible parce que l’accord de paix signé à Washington le 27 juin 2025 sous médiation américaine repose sur une logique de réciprocité. La neutralisation des FDLR figure parmi les engagements sécuritaires attribués à la RDC, tandis que le Rwanda s’est engagé notamment sur les mesures défensives qu’il justifie par la menace venant du territoire congolais.
La mise en œuvre de ces engagements reste cependant entravée par des interprétations divergentes.
À Kigali, la neutralisation des FDLR est présentée comme une condition essentielle à la sécurité du Rwanda. À Kinshasa, la priorité consiste également à obtenir le respect des engagements concernant le retrait des forces rwandaises du territoire congolais et la levée des mesures dites défensives.
Cette interdépendance rend le dossier particulièrement explosif. Chaque partie considère que les engagements de l’autre conditionnent l’application des siens.
Le résultat est un processus de paix où les textes existent, mais où leur traduction opérationnelle demeure profondément disputée.
La poursuite des hostilités, les accusations mutuelles de violations des engagements sécuritaires et les divergences sur la présence des forces étrangères et des groupes armés continuent ainsi d’alimenter la méfiance entre Kinshasa et Kigali.
Pour les médiateurs internationaux, le défi est désormais de réduire l’espace entre les mots des accords et leur interprétation sur le terrain. La question des FDLR pourrait devenir l’un des tests les plus importants de la crédibilité du processus de Washington.
Car derrière le débat sur « désarmement », « démobilisation » ou « neutralisation », se trouve une question qui dépasse le langage diplomatique : les deux pays accepteront-ils un mécanisme commun permettant de vérifier, de manière indépendante et crédible, que les menaces sécuritaires auxquelles ils font référence ont réellement été réduites ?
Tant que cette question restera sans réponse consensuelle, l’accord de Washington demeurera confronté à son principal risque : être suffisamment précis pour être signé, mais suffisamment contesté dans son interprétation pour retarder sa mise en œuvre.
Par Muberwa Athanase