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Politique

RDC : le format du dialogue national continue de diviser la classe politique

Muberwa Média Mis à jour le 2026-09-23 20:21:38 5 min de lecture
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En République démocratique du Congo, l’idée d’un dialogue national semble désormais s’imposer dans le débat politique, mais ses contours restent fortement disputés. La participation des acteurs armés, le rôle de la médiation et l’articulation avec les discussions engagées à Doha figurent parmi les principales questions qui opposent le pouvoir et une partie de l’opposition.

Cette controverse s’est de nouveau manifestée mercredi 16 septembre, lors de la deuxième édition de la Journée nationale Justice et Paix organisée par la Commission Justice et Paix de la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO). Intervenant dans le cadre des échanges consacrés aux conditions d’un dialogue national inclusif, Martin Fayulu, président de l’ECiDé et figure de la Coalition Article 64 (C64), a défendu un processus réunissant l’ensemble des parties prenantes à la crise congolaise.

Pour l’opposant, cette inclusion devrait également concerner les acteurs armés engagés dans le conflit dans l’est du pays. Il estime que leur exclusion du processus politique pourrait, selon son analyse, contribuer à une fragmentation du territoire national.

« Le Congo a des problèmes. Et pour résoudre ces problèmes, qui sont de plusieurs ordres, il faut un dialogue. Mais quel dialogue ? C’est un dialogue national inclusif », a déclaré Martin Fayulu.

Selon lui, un tel processus devrait permettre à « toutes les couches de la société, tous les intérêts du pays, toutes les parties prenantes » d’être représentés, y compris les groupes armés congolais impliqués dans les combats.

Martin Fayulu fonde notamment sa position sur la situation militaire dans l’est de la RDC. Il estime que les forces gouvernementales n’ont pas réussi à reprendre l’ensemble des territoires contrôlés par l’AFC/M23 et qu’une solution exclusivement militaire ne permettrait pas, selon lui, de régler les causes profondes du conflit.

Il plaide ainsi pour que les différentes composantes de la crise puissent exposer leurs revendications et leurs lectures des causes du conflit, qu’il décrit comme étant à la fois « internes » et « externes ».

Cette proposition se heurte toutefois au cadre défini par Félix Tshisekedi. Dans son adresse à la nation du 27 août, le président congolais avait annoncé un dialogue national tout en excluant de ses composantes politiques les mouvements qui, à l’ouverture du processus, combattent l’ordre constitutionnel par les armes, occupent une partie du territoire ou agissent, selon Kinshasa, au service d’une puissance étrangère.

La présidence distingue par ailleurs le dialogue national du processus de Doha. Selon le cadre présenté par Félix Tshisekedi, les discussions de Doha constituent l’espace destiné à traiter directement avec l’AFC/M23 des questions liées à la cessation des hostilités, au désengagement, au cantonnement et au désarmement.

C’est précisément cette distinction que Martin Fayulu remet en question. Il estime que les éventuels accords conclus à Doha devraient être intégrés dans une démarche politique nationale plus large, afin que l’opposition et la société civile puissent également en débattre.

« M. Tshisekedi, avec son gouvernement, sont à Doha en train de discuter avec les rebelles de l’AFC/M23. Mais ils discutent avec qui ? [...] Et s’ils signent tous ces protocoles d’accord et qu’ils viennent avec ça ici au Congo, et que le reste de la société [...] disent non, qu’est-ce que nous faisons ? », s’est-il interrogé.

Le processus de Doha reste pourtant actif. Fin août, Kinshasa et l’AFC/M23 avaient convenu d’une feuille de route destinée à poursuivre les négociations et à renforcer le suivi des engagements déjà pris.

La question de l’inclusivité ne date pas de cette semaine. Dès juillet, la C64 avait pris acte de l’initiative présidentielle en faveur d’un dialogue national, tout en réclamant des conditions précises pour sa participation. Martin Fayulu avait ensuite contesté le format envisagé par le pouvoir, estimant que les consultations provinciales ne pouvaient pas se substituer à un véritable dialogue national inclusif et souverain.

Depuis, Kinshasa a commencé à mettre en place l’architecture du processus. Le 13 septembre, Félix Tshisekedi a institué un comité d’organisation préliminaire chargé notamment de rencontrer les différentes composantes de la société, d’identifier les besoins du processus et de recueillir les contributions issues des consultations.

Le débat porte également sur la médiation. L’opposition et d’autres acteurs politiques ont exprimé des attentes différentes concernant le rôle des confessions religieuses, de l’Union africaine ou encore des Nations unies. Dans le schéma présenté par la présidence, le dialogue doit toutefois rester un processus national, distinct des négociations sécuritaires menées avec l’AFC/M23 à Doha.

La société civile, de son côté, a appelé à une convergence des différentes initiatives autour de l’intérêt national et à un processus capable de rassembler les principales composantes de la société congolaise.

À ce stade, le principe d’un dialogue fait donc l’objet d’un soutien politique plus large que son contenu. La participation des acteurs armés, le rôle des médiateurs, les rapports entre le processus de Kinshasa et celui de Doha, ainsi que les garanties d’inclusivité restent au cœur des divergences.

Pour le pouvoir, le dialogue national doit renforcer la cohésion interne sans conférer de légitimité politique à ceux qui combattent l’État par les armes. Pour Martin Fayulu et une partie de l’opposition, l’absence des acteurs impliqués dans le conflit risquerait au contraire de limiter la portée d’un éventuel accord.

Le véritable enjeu des prochaines étapes sera donc moins de savoir si un dialogue doit avoir lieu que de déterminer qui doit y participer, sous quelle médiation et avec quel mandat.

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