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Société

Kinshasa : à Mukilango, le projet des 1 000 logements sociaux à l’arrêt, les sinistrés de Matadi-Kibala toujours dans l’attente

Jeannette Muhinyuza Mis à jour le 2026-09-09 12:05:45 7 min de lecture
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Annoncé comme une réponse d’urgence aux conséquences des inondations qui avaient frappé plusieurs quartiers de Kinshasa en décembre 2022, le projet de construction de 1 000 logements sociaux au village Mukilango, dans la commune de Mont-Ngafula, est aujourd’hui à l’arrêt. Plus de deux ans après le lancement des travaux, le site présente l’image d’un chantier abandonné, alors que les familles sinistrées censées y être relogées attendent toujours.

Le projet avait été lancé au début de l’année 2024, avec pour objectif de construire des logements destinés notamment aux victimes des fortes pluies des 12 et 13 décembre 2022, qui avaient durement touché le quartier Matadi-Kibala, dans la même commune.

Les travaux avaient été confiés à l’entreprise turque MILVEST, dans le cadre d’un financement public initialement annoncé à 43,155 millions de dollars américains. Le délai d’exécution prévu était de sept mois, ce qui devait permettre l’achèvement du site au cours de l’année 2024.

Mais le calendrier n’a pas été respecté.

Sur le site de Mukilango, l’activité est aujourd’hui quasiment inexistante. Les engins de chantier chargeuses, excavatrices, bétonnières et autres équipements sont immobilisés. Les bâtiments préfabriqués, dont plusieurs restent inachevés, sont progressivement envahis par la végétation. Certains sont dépourvus de toiture, de portes ou de fenêtres. Les installations électriques ne sont pas achevées et l’exposition prolongée aux intempéries a déjà laissé des traces de dégradation sur plusieurs structures.

À l’entrée du site, la présence sécuritaire reste limitée. Quelques policiers assurent la surveillance des lieux et la circulation des motos empruntant cet espace pour rejoindre les villages environnants.

L’état du chantier contraste fortement avec les ambitions affichées au lancement du projet, présenté comme une réponse destinée à offrir un logement décent aux familles ayant perdu leur habitation.

La situation concerne également les travailleurs affectés au projet. La sécurité du site est notamment assurée par Univers Service Congo (USC), une agence ayant conclu un contrat avec MILVEST. Selon des témoignages recueillis sur place, certains agents de sécurité n’auraient pas perçu leurs rémunérations depuis plusieurs mois.

Un agent rencontré sur le site affirme que l’arrêt des travaux serait également lié aux revendications salariales des ouvriers.

« Les travaux se font à dents de scie et sont à l’arrêt depuis plusieurs mois. Les travailleurs sont en colère et certains ont décidé d’abandonner le chantier », témoigne-t-il.

Dans la communauté locale, l’impatience grandit également. Le chef du village Vunda-Mukilango, dans le groupement Mbenkana, Ipipo Luzolo Blanchard, a publiquement dénoncé ce qu’il considère comme un « sabotage » d’un projet pourtant présenté comme une initiative présidentielle.

Certains habitants s’interrogent également sur le devenir des sommes engagées par l’État congolais. L’absence d’activité visible sur le chantier et la lenteur des travaux alimentent les frustrations, alors que les populations locales espéraient voir cette zone se transformer en un important site résidentiel.

Du côté de l’Agence congolaise de promotion immobilière (ACOPRIM), chargée de la maîtrise d’œuvre et de la supervision du projet, une autre explication est avancée.

Selon une source au sein de l’agence, l’arrêt du chantier serait lié notamment à des factures introduites par MILVEST et qui n’auraient pas encore été entièrement réglées par l’État.

La même source affirme que l’ACOPRIM n’aurait pas bénéficié de financements spécifiques dans le cadre de l’exécution de ce projet, en dehors de ses dépenses de fonctionnement et des salaires.

Cette version met en lumière l’un des principaux problèmes soulevés autour du chantier : le décalage entre les fonds annoncés comme débloqués et l’état réel d’avancement des travaux.

L’ancien ministre des Finances, Nicolas Kazadi, qui avait autorisé le premier décaissement permettant le démarrage du projet, a récemment apporté sa version des faits.

Selon lui, environ une vingtaine de millions de dollars auraient été décaissés sur un budget alors évalué à près de 42 millions de dollars. L’ancien argentier soutient que ce premier financement avait permis à l’entreprise de mobiliser les équipements et de lancer les travaux. Il affirme cependant avoir constaté l’arrêt du projet après son départ du ministère.

Nicolas Kazadi estime par ailleurs que le projet aurait été confronté à plusieurs difficultés, notamment liées aux paiements, à la gestion du chantier et aux problèmes d’érosion.

Les différents montants évoqués au fil de la procédure 43,155 millions de dollars au lancement, près de 42 millions dans certaines déclarations, puis plus de 57 millions après des avenants alimentent aujourd’hui les interrogations sur l’évolution du coût global du projet.

Ces interrogations ont pris une nouvelle dimension avec la publication, en octobre 2025, d’un rapport du Conseil présidentiel de veille stratégique (CPVS) consacré au projet.

Le document pointe notamment une contractualisation jugée irrégulière et met en cause la procédure ayant conduit à la sélection de MILVEST.

Selon le rapport, le marché aurait été conclu de gré à gré sans l’aval de la Direction générale du contrôle des marchés publics (DGCMP) ni l’approbation du Premier ministre.

Le CPVS évoque également un faible niveau d’exécution du projet et relève des insuffisances dans le dispositif de supervision institutionnelle.

Le rapport fait état d’une exécution physique estimée à seulement 16 % et affirme que deux avenants signés en septembre 2023 auraient porté le coût du projet de 37,8 millions à 57,48 millions de dollars, sans modification substantielle du volume ou de la nature des travaux.

Ces conclusions soulèvent des questions sur la gouvernance du projet, le contrôle des dépenses publiques et les responsabilités dans les retards enregistrés.

Pendant ce temps, les principales victimes de cette situation restent les familles sinistrées de Matadi-Kibala. Après avoir perdu leurs habitations lors des pluies meurtrières de décembre 2022, elles espéraient pouvoir intégrer ces logements dans les mois qui ont suivi le lancement du projet.

Des familles concernées continueraient à se rendre périodiquement à Mukilango pour constater l’évolution du chantier. Mais, faute d’avancement significatif, leur attente se prolonge.

Selon plusieurs sources locales, certains sinistrés envisageraient même des manifestations pour réclamer l’achèvement du site et la concrétisation des engagements pris par les autorités.

À Mukilango, le projet des 1 000 logements sociaux apparaît désormais comme un symbole des difficultés qui peuvent affecter certains grands projets publics : retards, problèmes de financement, insuffisances dans la supervision et interrogations sur la gestion des ressources.

Pour les familles sinistrées, les débats administratifs et financiers importent finalement moins que le résultat attendu : avoir un toit.

Plus de deux ans après le lancement effectif des travaux et alors que le chantier aurait dû être achevé depuis septembre 2024, les logements restent inachevés et largement inutilisables.

Le gouvernement congolais est désormais confronté à une double exigence : clarifier les conditions de financement et de gestion du projet, mais surtout trouver une solution permettant son achèvement, afin que les 1 000 logements de Mukilango ne deviennent pas un nouveau symbole des chantiers publics abandonnés à Kinshasa.

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